«

»

Déc 05 2016

Imprimer ceci Article

1ER ATELIER HYBRIDE DIASPORIQUE : Retour sur l’état des hôpitaux en Tunisie

1ER ATELIER HYBRIDE DIASPORIQUE

Nous avons annoncé il y a quelques jours le nouveau cycle de conférences unit, les diners débat permettant aux tunisiens de la diaspora, au-delà de leurs engagements partisans, de débattre dans un cadre fermé sur des sujets les touchant directement, touchant des problématiques importantes tuniso-tunisiennes ou encore relatives aux autres diasporas. Ce nouveau cycle nous permet ainsi de rallier les trois objectifs principaux de l’association.

Le premier atelier s’est attelé à un sujet très important mais néanmoins rarement abordé ; retour sur l’état des hôpitaux en Tunisie avec une mise au point sur le système de santé tunisien. 2 franco-tunisiens sont venus nous parler de leurs expériences respectives dans ce domaine :

MAKREM BEN REGUIGA : Pharmacien, ancien interne des hôpitaux de Paris, praticien hospitalier et professeur associé en radioprotection.

YASSINE KAABAR : Pharmacien spécialisé en biologie médicale, ancien interne des hôpitaux de Paris, assistant hospitalo-universitaire à l’hôpital Charles Nicolle à Tunis depuis mars 2016.

Tout d’abord en quelques chiffres, il existe en Tunisie 21 CHU (centre hospitalo-universitaires) dont 15 à Tunis, 2058 dispensaires dont un certain nombre n’a aucun intérêt comme par exemple celui à l’hôpital Charles Nicolle. Le nombre de spécialiste à Tunis est de 571 contre 20 seulement à Kasserine.

La carte sanitaire n’est pas équitable non plus avec par exemple un scanner pour 100000 habitants dans les villes comportant des CHU et un scanner pour 150000 habitants pour le reste des régions.

Retour d’expériences :

Au-delà de ce manque d’équité, il y a un problème touchant tous les CHU qui consiste au manque d’obligations hospitalières en Tunisie pour médecins titulaires (assistants et plus, et en particulier les professeurs en médecine), en comparaison avec la France ou un praticien hospitalier doit justifier un certain nombre d’heures travaillées à l’hôpital. Le médecin hospitalier en Tunisie quitte généralement l’hôpital en fin de matinée et les gardes sont alors assurées par les externes(étudiant entre la 3ème et la 6ème année) : plusieurs organisations internationales dont l’OMS (organisation mondiale de la santé) ont rappelé que l’exercice médical, compris pendant les gardes, doit être assuré pas des médecins diplômés. Par exemple, lors d’une visite surprise d’une instance internationale dans un service tunisien comprenant 4 professeurs agrégés et 3 assistants, il n’y avait aucun diplômé dans l’établissement et aucun sénior n’était joignable. Il est vrai qu’il faut des professeurs mais il faut aussi des médecins. Les médecins hospitalo-universitaires doivent ainsi être gérés par le ministère de l’enseignement et non par le ministère de la santé comme c’est le cas actuellement en Tunisie.

De plus, le médecin, en Tunisie, doit être présent à l’hôpital de 8h30 à 13h, au-delà la journée repose sur les externes qui assurent ainsi la garde les 2/3 de la journée. A ceci se rajoute le problème des activités privées complémentaires (APC) qui autorisent un médecin de réserver 2 après midi pour faire des consultations privées, cette mesure était censée être exceptionnelle et soumise à des conditions : absence d’obligations hospitalières et reversement d’une rémunération à l’hôpital pour certains actes libéraux. Mais elle a vite dérivé par manque contrôles.

Les infirmiers essayent aussi de tirer leur épingle du jeu avec les APC, tout ceci se fait aux dépens du patient qui ne sait rien et est rarement bien orienté.

Les internes (étudiant en médecine ayant validé sa 6ème année et en formation clinique continue dans un CHU) entrent à l’hôpital avec beaucoup de valeurs mais dès les premiers jours ils font le travail des ouvriers, infirmiers, médecins et si une erreur se produit ils sont responsables. De plus la nouvelle loi exige d’eux de passer 2 semestres dans les régions internes, le problème est qu’il n’y a pas les plateaux techniques et chirurgicaux et les équipements et les spécialistes nécessaires.

Il est important de noter qu’en Tunisie il y avait jusqu’à très récemment un seul centre anticancéreux, un autre a récemment démarré des activités spécialisées à l’Ariana. Le reste sont juste des centres satellites. Cet hôpital a investi dans la production, selon des normes pharmaceutiques internationales des poches de chimiothérapies, mais une grande majorité de celles-ci partent au rebus car elles ne peuvent pas être administrées sans l’accord préalablement de la CNAM (caisse nationale d’assurance maladie), dont l’absence empêche la dispensation de ces poches, y compris pour les cycles déjà planifiés. La préparation de ces chimiothérapies n’est en outre pas sans danger pour le personnel qui manque d’habits spécialisés l’exposant ainsi à des risques de développer des cancers.

Même les logiciels utilisés en biologie médicale sont caduques, et pour cause il y a un seul développeur en Tunisie pour tout le pays et les délais d’attente sont infernaux, les laboratoires ne connaissent même pas le nombre d’actes effectués. Par exemple une visite effectuée dans un établissement à Sousse a révélé un manque de gestion traduit par un nombre d’actes nul, un manque de traçabilité (ils utilisent encore des cahiers).

A ceci s’ajoute le manque de volonté de changement, par exemple des fiches de gestions des transfusions ont été proposées, elles étaient inspirées du modèle français, ces fiches n’ont pas vu le jour car le personnel n’avait aucune volonté de les remplir.

Problème de ressources

La CNAM a 8 mois de retard de payement ce qui est répercuté sur les distributeurs de médicaments entrainant un défaut de payement et de ce fait des ruptures sur des produits de bases.

Certains infirmiers font également des magouilles en empochant l’argent censé aller au laboratoire en assurant aux patients qu’ils payeraient moins, le patient ne connaissant pas les prix des analyses acceptent ce qui constitue un manque à gagner pour les laboratoires des hôpitaux.

Le patient dans tout ça

Le patient ne connait pas ses droits, le système de santé est axé sur le médecin, le patient n’a pas légalement le droit de demander son dossier, il n’y a pas de lois sur la transparence et donc pas de plainte par erreur médicale. En France, les inspecteurs sont gérés par l’ENA alors qu’en Tunisie ce sont les médecins eux-mêmes. Les seules plaintes qui arrivent sont celles révélées par les émissions à scandale.

Ruptures de médicaments

La pharmacie centrale a le monopole de l’import des médicaments, sans oublier que pour gagner les marchés les laboratoires tunisiens (qui produisent beaucoup de génériques) doivent vendre leurs médicaments à très bas prix entrainant un défaut de production et donc des ruptures de médicaments.

Les ruptures des médicaments peuvent provenir également des délais douaniers particulièrement lents.

Faire évoluer la santé en quelques mots :

 – Repenser la santé,

– Se recentrer sur le patient,

– Prendre en charge les pathologies lourdes efficacement et sans limite d’âge,

– Intégrer le gain d’année de vies des patients et la qualité de vie dans l’évaluation du coût de la santé,

– Clarifier les statuts en scindant les statuts hospitaliers stricts, avec obligation de service public exclusif, et les médecins hospitalo-universitaires, qui doivent réserver 50% de leur temps au moins à l’hôpital,

– Revoir les salaires pour intéresser les diplômés à l’hôpital,

– Connaitre les coûts des actes réalisés,

– Faire contribuer les cliniques au financement du système de santé et arrêter avec cette logique sous-jacente ultra libérale qui favorise le développement des systèmes privés de façon anarchique,

– Développer la prévention : diabète, tabac…. Qui n’est assurée aujourd’hui que par la société civile,

– Prévoir un plan sanitaire quinquennal.

Lien Permanent pour cet article : http://www.uni-t.fr/1er-atelier-hybride-diasporique-retour-sur-letat-des-hopitaux-en-tunisie/

Laisser un commentaire