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Déc 31 2014

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Communiqué de l’Association Uni*T du 31/12/2014 « C’est un moment de vérité pour notre peuple »

Communiqué Association Uni*T du 31/12/2014 C’est un moment de vérité pour notre peuple.

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Au cours des six dernières semaines, la Tunisie a connu une série d’élections pour renouveler l’Assemblée et la Présidence de la République. Celles-ci se sont déroulées dans un climat relativement transparent et régulier qui pourrait confirmer, enfin, l’ancrage de la démocratie en Tunisie.

Et pourtant, l’association Uni*T est alertée par une série d’évènements qui ne manquent pas d’inquiéter :

• Le 19 décembre, la réalisatrice Ines Ben Othman, s’est rendue au commissariat de la cite Nasr pour porter plainte après des insultes et de pressions exercées à son encontre sur des réseaux sociaux par une fonctionnaire de police. Elle n’en ressortira que pour être placée en détention à l’Aouina pour « outrage aux forces de l’ordre » dans l’attente de son audience le 31 décembre. Ines Ben Othman est par ailleurs présidente de l’association Mourakeb dont le but est surveiller les abus de la police et y encourager les réformes pour une police républicaine.

• Le 20 décembre, Youssef Boussoumah, membre-fondateur des Indigènes de la République et défenseur infatigable de la Palestine, a été expulsé de Tunisie dès son arrivée sur le territoire pour une visite privée prévue de longue date, cela vraisemblablement sur la base de fiches de police datant de l’époque Ben Ali. D’autres chercheurs ou militants ont été victimes du même type d’humiliation avec la même base données : François Burgat, Vincent Geisser, Moheidin Cherbib.

• Le 24 décembre, le blogueur Yassine Ayari est arrêté dès son arrivée à l’aéroport de Tunis et présenté à un tribunal militaire pour avoir divulgué des informations sur les nominations des cadres au sein du ministère de la défense. Déjà jugé et condamné à son insu par contumace, il a été présenté le lendemain au parquet qui l’a écroué dans l’attente de son appel prévu le 6 janvier 2015.

• Le 26 décembre, Sihem Ben Sedrine, journaliste et militante des droits de l’homme sous les années les plus dures de la dictature s’est rendu au Palais de Carthage pour demander aux services de la Présidence de la République de lui remettre les archives nécessaires dans le cadre des enquêtes pour lesquelles elle est mandatée en tant que Présidente de l’Instance Vérité et Justice. Cette instance a été créée par la loi et a donc à ses côtés toutes la force du droit. Pourtant, la Garde Présidentielle lui a fait barrage et a refusé toute cession des archives de la Présidence que ce soit à Sihem Ben Sedrine ou aux archives nationales.

Pour l’association Uni*T, ces évènements ne doivent surtout pas être vus comme isolés car ils illustrent parfaitement cette notion d’ « Etat profond » dont les administrations ne se sont jamais soumises ni aux élus du peuples ni au contrôle des citoyens. La Police Nationale qui protège les excès de ses propres fonctionnaires, la Police de l’Air et des Frontières qui continue de travailler avec les fiches de l’ère Ben Ali, l’Armée fermée à toute forme de critique et qui en vient à juger des civils devant des tribunaux militaires et la garde présidentielle qui fait obstruction à tout audit des archives dont le peuple a tant besoin pour retrouver cette partie occultée de son histoire pendant les 60 ans de dictature.

Par ailleurs, l’association Uni*T relève que cette surenchère des administrations de l’Etat profond coïncide avec la victoire de Nida Tounes aux élections législatives et celle de Béji Caïd Essebsi aux présidentielles. Alors que Nida Tounes est régulièrement accusée d’être la façade propre du RCD et que le président nouvellement élu se voit fréquemment reproché sa très longue carrière aux plus hauts postes politiques des deux dictatures, cette période qui les voit venir aux responsabilités est donc pour eux une occasion de clarifier leur position sur les libertés publiques.

Ainsi, l’association Uni*T :

· affirme la nécessité de mettre fin au jugement des civils devant le tribunal militaire et appelle l’assemblée des représentants du peuple à voter un texte de loi dans ce sens.

· dénonce les critères arbitraires d’arrestation de la réalisatrice Ines Ben Othman et demande des explications sur la procédure suivie par les agents de polices lors de la détention. Si l’hypothèse d’un abus de pouvoir est vérifiée, Uni*T exige de prendre les mesures nécessaires à l’encontre des responsables de ce dépassement.

· est profondément préoccupée par les brimades, harcèlements et sentences arbitraires qui touchent un nombre croissant des citoyens tunisiens ou étrangers en visite en Tunisie.

. dénonce les campagnes d’insultes, de dénigrements, de diffamation contre des militants démocrates et des droits de l’Homme

· considère que l’impunité sinon l’arrogance de certains cadres des administrations publiques est une nuisance à la préservation des libertés et à la démocratie.

· exige la libération immédiate de Inès Ben Othman et de Yassine Ayari et appelle au rassemblement en leur faveur.

· demande à Béji Caïd Sebsi de condamner différents évènement et d’exprimer clairement son attachement aux libertés publiques, notamment d’expression avec la possibilité pour tout citoyen d’exercer un contrôle sur les administrations.

· demande à Béji Caïd Sebsi de se conformer à l’application de la loi en demandant le transfert des archives présidentielles avant la passation des pouvoirs.

· demande au parti Nida Tounes de ne plus encourager publiquement, par la voix de ses cadres, le viol de la loi.

L’association Uni*T, association citoyenne et apartisane agissant dans le cadre de la diaspora tunisienne, continuera quant à elle de défendre tous les citoyens victimes de délits d’opinion comme elle l’a toujours jusqu’à maintenant notamment avec le rappeur Weld el 15. Cette nouvelle époque est un tournant capital mais aussi une chance à saisir pour le nouveau gouvernement s’il adhère ou non aux valeurs de la démocratie et de la révolution. Le cas échéant, il ne fera que se confirmer comme nouvelle émanation du RCD et les citoyens tunisiens devront se préparer au retour de la dictature.

« C’est un moment de vérité pour notre peuple »

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