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Juil 01 2013

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Libérez Weld el XV, Pas de Justice, Pas de Paix

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Pas de justice, pas de paix

 2 ans

Ca fait un peu plus de 2 ans que le dictateur Ben Ali a fuit la Tunisie sous la pression de la révolte populaire pour la liberté et la dignité. Malheureusement aujourd’hui 2 ans, c’est aussi et surtout la peine de prison ferme dont a écopé le rappeur tunisien Weld el XV pour sa chanson « Boulissya Kleb » (Les policiers sont des chiens). 2 ans ferme, c’est bien plus qu’aucune condamnation d’un rappeur pour des faits similaires dans un pays démocratique. En comparaison, 2 mois avec sursis est la plus lourde condamnation en France pour « propos outrageants » envers la police de Kool Shen et JoeyStarr (NTM). Mais surtout c’est plus que les 2 ans de prison avec sursis de la seule condamnation d’un responsable sécuritaire dans un procès pour torture depuis la révolution tunisienne.

L’impunité des agents des forces du (dés)ordre

Pour son rap, expression artistique brute d’une réalité vécue dans sa chair lors d’un séjour de 6 mois en prison, Alaa Eddine Yaacoubi (alias Weld el XV) a été condamné pour atteinte aux institutions et à la pudeur. N’est-ce pas les sévices, souvent sexuelles, tortures et meurtres à l’égard des citoyens, commis dans une totale impunité par des agents des force de l’ordre pendant la dictature de Ben Ali qui portent atteinte aux institutions et à la pudeur ? Une police qui n’a d’ailleurs pas changé depuis l’ère de Ben Ali. C’est la même police qui lors des révoltes populaires n’a pas hésité à faire feu sur la population faisant de nombreux morts et blessés. Des martyrs qui aujourd’hui encore n’ont toujours pas obtenu la moindre condamnation d’un agent des forces de l’ordre même symbolique devant les tribunaux. Le 1er Ministre Tunisien, Ali Laarayedh, ne s’en souvient-il pas lui l’opposant politique qui fut torturé lors de ses 10 ans en prison à l’isolement ?


Selon que vous soyez européen ou tunisien….

Devant le parlement européen, ce mercredi 26 juin, le chef du gouvernement Tunisien a justifié ainsi les 2 ans ferme : « Ce rappeur avait appelé clairement à égorger et à immoler les agents de force de l’ordre ». Dans le même temps, il s’est exprimé pour la libération des 3 européennes du mouvement Femen emprisonné en Tunisie pour avoir manifesté seins nus devant le tribunal de Tunis : « Si la justice tunisienne ne les relaxe pas, nous devrions les libérer. Le Président de la République dispose du droit de grâce dans ses compétences. » Des propos en échos à ceux de Laurent Fabius, ministre français des Affaires Étrangères qui déclarait à propos de l’arrestation des 3 sextrémistes (sic) : « La justice est indépendante mais enfin je souhaite qu’elle fasse preuve de clémence ». Ce signal envoyé à la justice tunisienne fut reçu 5 sur 5, puisque ce jeudi 27 juin, les 3 Femen européennes étaient de retour à Paris, libre.

Intransigeant à l’égard d’un jeune rappeur tunisien, Ali Laarayedh se montre ainsi bien accomodant à l’égard d’un mouvement européen qui pourtant ne dissimule pas son mépris des valeurs tunisiennes à coup de « Fuck your morals. » Nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que si Alaa Eddine avait été européen plutôt que tunisien, chanteur de variété plutôt que rappeur, il serait lui aussi libre à l’heure qu’il est… Cette injustice nous ne l’acceptons pas plus en Tunisie qu’en France.

 

Pas de Justice, Pas de Paix

Le verdict du procès en appel de Weld el XV sera connu le 2 juillet. Alors que le chef du gouvernement tunisien ne prétexte pas l’indépendance de la justice pour couvrir la répression policière. Nous ne demandons que justice. Justice pour Weld el XV en obtenant sa liberté. Mais justice aussi pour toutes les victimes de violences policières en Tunisie en obtenant l’application d’une vraie justice transitionnelle qui sanctionne les kleb (chiens), pour reprendre les mots de Weld el XV, tapis dans les recoins du Ministère de l’intérieur. Les militants des quartiers populaires en France ont un slogan fort adressé à l’Etat quand il fait le choix de l’impunité : Pas de justice, pas de paix.

 

Militants tunisiens de l’immigration et des quartiers populaires :

Bader Lejmi (Uni*T), Nadia Tarhouni (Uni*T), Wajdi Limam (Uni*T), Mohamed Adel Trabelsi (Uni*T), Sayida Ounissi (Femyso), Hamadi Aouina (Etoile Nord Africaine), Abdelaziz Chaambi (CRI / FSQP), Mourad Boudabbouz (militant associatif), Hamza Ould-Mohammed (Président Maison des Potes 42), Jouda Héniche (Nous citoyennes), Nadia Hathroubi-Safsaf (Courrier de l’Atlas), Ouajdi Feki (Maison des Potes Grand Lyon), Lazhar Mendil (Jasmin Tunisie Liberté & Démocratie), Hela Boudabbous (militante associative)

Texte publié sur Afrik.com

http://www.afrik.com/liberez-weld-el-xv-pas-de-justice-pas-de-paix-2-ans

 

 

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